Le fuyard accidenté devant le commissariat de Reims transportait un demi-kilo de cannabis

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Des policiers lui ont demandé de s’arrêter car il ne portait pas sa ceinture. Au lieu de ça, il a pris tous les risques pour leur échapper avant de percuter deux voitures devant le commissariat. Motif de sa fuite : il transportait un demi-kilo de résine de cannabis.

La première chose à faire quand on monte dans sa voiture, a fortiori quand on a des choses à se reprocher, c’est de mettre sa ceinture de sécurité, histoire d’éviter un contrôle inopiné. Il y a quelques jours, Ryan Tuyau l’a appris à ses dépens et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas fait dans la demi-mesure.

En début d’après-midi ce jeudi 19 mars, des motards de la police municipale veulent le contrôler parce qu’il ne porte pas de ceinture donc, mais aussi parce qu’il a changé de direction sans mettre son clignotant. Le problème, c’est que le conducteur a bien pire que ça à se reprocher.

« J’ai vu la police, je ne savais pas ce qu’ils me voulaient, j’ai pris peur »
Le mis en cause

Le prévenu s’est lancé depuis peu dans la vente de stupéfiants et vient justement de s’approvisionner. Sur le siège passager, trois plaquettes de résine de cannabis pour un poids total de 500 grammes. « C’est pour ça que j’ai pris la fuite, reconnaît le jeune homme de 25 ans. C’est la première fois que j’avais autant de produit sur moi. J’ai vu la police, je ne savais pas ce qu’ils me voulaient, j’ai pris peur. »

Il a percuté deux voitures

Le conducteur se lance alors dans une course folle dans les rues de la ville, à près de 100km/h. Sa tentative d’échapper aux forces de l’ordre a pris fin devant le commissariat, boulevard Roederer. Pas parce qu’il s’est dit qu’il était temps d’arrêter les dégâts, mais parce qu’en grillant un feu rouge au niveau du carrefour avec la rue de Saint-Brice, il a percuté deux voitures.« Une patate pleine tête » à l’origine des violences

Sa Renault Scenic n’étant plus roulante après le choc, il prend la fuite à pied. Les policiers qui se lancent à sa poursuite le voient jeter quelque chose par-dessus un grillage : une plaquette de résine présentant le même logo que les deux autres restées dans son véhicule.

Le jeune homme est interpellé et placé en garde à vue. En raison de la gravité des faits, le parquet a opté pour la comparution immédiate. Son procès s’est tenu ce lundi 23 mars. Devant les magistrats, il reconnaît tout ce qui lui est reproché et dit « sa honte » d’être là. 

« Je ne suis pas comme ça, ce n’est pas moi », assure-t-il tandis que son avocat, Me De La Roche, demande aux magistrats « de ne pas le réduire à la seule journée du 19 mars. Il est père de famille, il travaillait dans la restauration depuis l’âge de 17 ans quand il a arrêté au mois de décembre. Il s’est lancé dans un trafic de stupéfiants avec son propre numéro de téléphone, des clients qu’il faisait venir chez lui. L’envoyer en prison n’est pas la bonne solution », estimait-il quand le substitut du procureur demandait au contraire 20 mois d’emprisonnement ferme avec incarcération immédiate.

Les juges sont allés dans le sens de la défense : Ryan Tuyau a été condamné à 18 mois d’emprisonnement, dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans, la partie ferme devant être aménagée sous la forme d’une détention à domicile sous surveillance électronique.

Le tribunal a annulé son permis de conduire avec interdiction de le repasser avant un délai d’un an et a prononcé la confiscation de l’argent retrouvé à son domicile, soit 7 000 euros. Son véhicule ne lui a pas été confisqué mais vu son état, il n’en fera plus grand-chose…

Il venait de se lancer en autodidacte dans le trafic

Depuis l’âge de 17 ans, Ryan Tuyau travaille dans la restauration. Il a arrêté en décembre 2025 pour se consacrer à sa famille, sa compagne étant enceinte de leur deuxième enfant. C’est à cette période qu’il a commencé le trafic de stupéfiants.

« Je n’ai pas réfléchi aux conséquences », concède-t-il. Puis, interrogé par des juges dubitatifs quant au fait qu’il puisse s’être lancé seul dans cette entreprise, il confirme. « C’est facile de trouver des fournisseurs. Tu marches dans la rue, il y aura forcément quelqu’un pour te proposer du produit. J’ai essayé, j’ai gagné un peu d’argent, j’ai continué. » Il explique qu’en réalité, il ne gagnait pas grand-chose, « c’était surtout pour payer ma consommation ».

« C’est en contradiction avec ce que vous nous avez dit juste avant, le reprend le juge, vous avez commencé à vendre pour vous faire de l’argent. » D’autant que la perquisition de son appartement a permis la découverte d’une balance, de quelques grammes cannabis et surtout de 7 000 euros en petites coupures.

« Ce sont mes économies », répond le mis en cause.

« Si vous avez des économies, pourquoi prendre le risque de trafiquer ?

– C’était histoire de sécuriser la chose. » Ce que son avocat qualifiera de « trafic d’une banalité affligeante ».

ARTHUR DE LA ROCHE / Avocat : EN SAVOIR +